Prendre une décision nous demande parfois réflexion et temps, quelquefois même une éternité. C’est que la prise de décision est un processus complexe qui met en jeu la raison tout autant que les émotions. Ces dernières jouent parfois les perturbatrices, pourtant sans elles nous serions tout bonnement incapables de décider. Alors comment fonctionne notre processus décisionnel ? Et comment s’y prendre quand on est dirigeant ou manager, et que l’enjeu de certains choix génère un cocktail émotionnel ?

Les émotions perturbent parfois notre processus de décision, chacun de nous en a fait l’expérience : une impression erronée, un sentiment de doute fort, une peur de faire un mauvais choix, de se tromper,  une peur du jugement d’autrui, voilà quelques exemples de perturbations du processus décisionnel, qui peut s’enrayer jusqu’au blocage – ou aboutir à une mauvaise décision. A l’inverse, nous prenons parfois des décisions sous le coup d’émotions fortes, sans faire intervenir notre raisonnement ; ceci devrait nous inciter à nous méfier de notre part émotionnelle, et c’est bien le sort que nous lui avons fait depuis Descartes.

Et pourtant n’en déplaise aux cartésiens, nous sommes incapables de décider sans les émotions. Nous le savons depuis les recherches du neurologue Antonio Damasio et ce qu’il a nommé « L’erreur de Descartes ». Damasio nous a appris que notre centre de décision mêle étroitement raison et émotions et que la raison seule se trompe davantage si elle n’a pas l’apport des émotions, qu’avec les perturbations liées aux émotions.

Alors, comment nos émotions nous aident-elles à prendre des décisions ?

Elles nous aident à trier les informations et à compléter l’analyse de notre raison par un apport d’informations.

Concrètement le mécanisme de décision fait appel à deux cheminements séparés ou combinés :
1 – la raison avec l’analyse des faits, des options possibles et leurs conséquences
2 – l’émotion qui complète l’information via l’activation de la mémoire émotionnelle, avec les marqueurs somatiques : il s’agit d’une réactivation d’émotions associées dans le passé à des éléments similaires (personne, situation…)

Ainsi, l’émotion participe à la décision en réduisant l’éventail de possibilités envisagées par la raison ; elle simplifie donc le travail de la raison, lui permettant de décider plus rapidement.

Cette simplification est un gain de temps, mais également un risque d’erreur ou de limitation, c’est là que la raison intervient.

Ex : un cadre est tenté d’accepter une proposition d’évolution de poste mais va refuser par peur de ne pas être à la hauteur. Cette peur est la réactivation d’une expérience antérieure, quand il a accepté une promotion et s’est trouvé en difficulté (dans un contexte tout autre). Au cours de l’échange avec son N+1, sa raison fait la part des choses dans cette peur, et il prend conscience qu’il a ici et maintenant toutes les qualités pour prendre ce poste.

Il y a dans cette simplification des raccourcis puissants qui échappent à la raison : c’est l’intuition, processus de connaissance quasi immédiate et sans explication rationnelle (ex : je « sais » qu’il ne faut pas accepter cette proposition, sans savoir pourquoi). Les émotions nous permettent de trancher quand la raison échoue à faire un choix, on décide alors de faire « comme on le sent ».
Managers et dirigeants ont souvent à prendre des décisions, parfois rapidement, parfois sous stress. Les émotions risquent alors d’être en partie perturbatrices. Comment y voir clair et bien décider ? Comment se donner toutes les chances d’exploiter au mieux raison et émotions ?

Quelques pistes :

Ralentir

Sous stress nous pouvons avoir tendance à la précipitation.  Marquer un arrêt peut aider, voire même reporter la décision si l’état émotionnel est trop chargé et que l’on a besoin d’y voir clair. Ralentir c’est aussi respirer vraiment et se permettre de sortir de la confusion mentale et/ou émotionnelle.

Se recentrer

Sous stress nous pouvons avoir tendance à l’éparpillement. Plus nous sommes partout, moins nous sommes en nous-même à mobiliser nos ressources (raison et émotions) pour prendre une décision en ligne avec nos objectifs.
Pour se recentrer, il est essentiel de se reconnecter dans l’ici et maintenant à la situation concrète et à notre ressenti.

Développer son intelligence émotionnelle

Apprendre à reconnaître ses propres émotions et à en comprendre l’utilité est une clé.
Ex : la colère se manifeste chez moi par telle sensation, et je comprends qu’elle me signale le besoin de me positionner de façon claire (en termes de limites, de valeurs…) à un moment où quelque chose d’important pour moi n’a pas été respecté.

Raison et émotions alliées des bonnes décisions : le challenge, c’est peut-être de savoir écouter ses émotions comme des guides pour laisser son cortex préfrontal prendre les décisions finales, car il reste la partie la plus évoluée de notre système décisionnel.

À propos de l’auteur : Karine Aubry est coach certifiée, spécialisée en coaching de dirigeant et manager. Plus d’informations sur son site Kolibri Coaching.

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